Onduleurs, batteries et alimentations : des DEEE dangereux à part
Un onduleur en fin de vie n'est pas un DEEE comme les autres : ses batteries et ses condensateurs en font un déchet dangereux, avec des règles de tri, de transport et de traçabilité spécifiques. Voici comment les traiter sans mettre l'entreprise en défaut.

Pourquoi les onduleurs et batteries sont classés DEEE dangereux
Un onduleur (ou UPS) protège les serveurs et les postes critiques des coupures de courant grâce à des batteries internes, le plus souvent au plomb, parfois au lithium. Une alimentation, qu'il s'agisse d'un bloc externe ou d'un module de serveur, contient des condensateurs, des cartes électroniques et parfois des relais. Dès que ces équipements sortent du parc actif de l'entreprise, ils deviennent des déchets d'équipements électriques et électroniques. Mais contrairement à un clavier ou à un châssis vide, ils renferment des composants classés dangereux, ce qui les fait basculer dans une catégorie réglementaire spécifique, avec des obligations de tri, de transport et de traçabilité renforcées.
La nomenclature des déchets classe les équipements électroniques contenant des composants dangereux sous le code 16 02 13*, l'astérisque signalant un déchet dangereux. Un onduleur avec sa batterie en place relève de ce code. Les accumulateurs extraits suivent une nomenclature propre, celle des piles et accumulateurs, où les batteries au plomb et au nickel-cadmium sont explicitement classées dangereuses. Pour une entreprise détentrice, la conséquence est claire : ces flux ne peuvent pas rejoindre la benne des DEEE non dangereux, code 16 02 14, ni a fortiori les déchets industriels banals. Ils appellent une collecte DEEE dédiée, documentée par un bordereau de suivi des déchets.
Les risques concrets : incendie, fuite d'acide, choc électrique
Le premier risque est l'incendie. Une batterie au lithium endommagée, percée ou stockée à proximité d'une source de chaleur peut entrer en emballement thermique, avec un feu difficile à éteindre. Les batteries au plomb présentent, elles, un risque de fuite d'acide sulfurique en cas de bac fissuré, avec des dégâts sur les sols et un danger pour les personnes qui manipulent le matériel. Les condensateurs de forte capacité présents dans les alimentations et les onduleurs peuvent conserver une charge résiduelle plusieurs minutes après la mise hors tension, et provoquer un choc électrique ou un arc lors d'un démontage improvisé.
Ces risques ne s'arrêtent pas à la porte de l'entreprise. Un onduleur jeté avec des déchets banals peut déclencher un incendie dans un camion de collecte ou un centre de tri, et l'entreprise d'origine reste responsable de son déchet jusqu'à son traitement final, conformément au code de l'environnement. À l'inverse, une batterie correctement orientée vers une filière agréée est dépolluée, puis ses matières (plomb, cuivre, métaux, électrolyte) sont valorisées. La différence entre les deux scénarios tient uniquement à la façon dont le flux a été identifié, trié et documenté en amont.
- Emballement thermique des batteries lithium endommagées
- Fuite d'électrolyte acide des batteries au plomb
- Charge résiduelle des condensateurs après extinction
- Poids élevé : risque de chute et d'écrasement à la manutention
Piles, accumulateurs et onduleurs : quelle filière pour quel flux ?
La responsabilité élargie du producteur organise deux filières distinctes qui se croisent ici : celle des équipements électriques et électroniques, et celle des piles et accumulateurs. Un onduleur complet est un DEEE ; sa batterie, une fois extraite, est un accumulateur usagé qui relève de la filière piles et accumulateurs. En pratique, une entreprise n'a pas à démonter elle-même ses onduleurs : elle remet l'équipement complet, et la séparation est réalisée sur des installations certifiées, par des opérateurs formés, avec les équipements de protection adaptés. Ce qui compte, c'est que le flux soit identifié comme dangereux dès la demande de collecte.
Les alimentations externes, blocs secteur et modules d'alimentation de serveurs suivent la filière DEEE classique, mais leur classement dépend des composants qu'ils contiennent. Les condensateurs de certains modèles anciens peuvent contenir des substances soumises à dépollution, ce qui justifie un classement prudent en déchet dangereux tant que le tri n'a pas été réalisé par un centre agréé. La règle pour l'entreprise détentrice reste la même : décrire précisément le matériel, laisser le classement final à la filière, et exiger les justificatifs correspondant à chaque flux, sans présumer qu'une alimentation est un déchet banal.
Comment trier et stocker ces équipements avant l'enlèvement
Avant l'enlèvement, la première mesure consiste à isoler les onduleurs, batteries et alimentations du reste des DEEE. Un onduleur reste de préférence intact, batterie en place, pour éviter toute manipulation à risque par du personnel non formé. Si des batteries sont déjà extraites, elles se stockent dans un bac étanche, à l'abri de l'humidité et de la chaleur, bornes protégées par un ruban isolant pour éviter tout court-circuit. Les batteries lithium se conservent séparément des batteries au plomb, et jamais empilées sans protection entre les éléments.
Le stockage se fait dans un local fermé, accessible aux seules personnes habilitées, avec un extincteur adapté à proximité. Il ne doit pas s'éterniser : la réglementation DEEE encadre la durée de stockage des déchets dangereux sur le site du producteur, et un stock qui s'accumule pendant des mois augmente le risque et complique la traçabilité. Un inventaire simple, tenu à jour avec le nombre d'onduleurs, de batteries et d'alimentations, leur type et leur état apparent, facilite la demande de collecte et le remplissage du registre des déchets.
- Isoler le flux dangereux du reste du matériel
- Laisser les batteries dans les onduleurs quand c'est possible
- Protéger les bornes des batteries extraites
- Stocker au sec, au frais, dans un local fermé
- Tenir un inventaire par type et par quantité
Transport et bordereau de suivi : ce qui change pour les batteries
Le transport des batteries usagées, notamment au lithium, relève de la réglementation des marchandises dangereuses par route (ADR), qui impose des emballages homologués, un étiquetage spécifique et un transporteur habilité. Pour l'entreprise détentrice, cela signifie que le jour de l'enlèvement, le conditionnement n'est pas laissé à l'improvisation : bacs, fûts ou palettes filmées et calées sont fournis ou validés par le transporteur. Un prestataire qui charge des batteries en vrac dans un camion de messagerie ordinaire expose son client à un risque réglementaire et physique.
Sur le plan documentaire, chaque flux dangereux quittant le site doit faire l'objet d'un bordereau de suivi des déchets, dématérialisé sur Trackdéchets. Le bordereau est émis avant l'enlèvement, signé par le producteur (l'entreprise), puis par le transporteur, puis par l'installation de destination qui confirme la réception et le traitement. Onduleurs complets et accumulateurs extraits peuvent faire l'objet de bordereaux distincts, car leurs codes déchets diffèrent. L'entreprise doit vérifier que le code déchet, la quantité et la dénomination correspondent bien à ce qui part physiquement du site.
Les justificatifs à exiger après la collecte
Une fois le traitement réalisé, l'entreprise doit recevoir, pour chaque flux, la version finale du bordereau de suivi des déchets avec la signature de l'installation de destination, qui atteste que le déchet a bien été réceptionné et traité. Vient ensuite le certificat de traitement, qui précise la nature des équipements, les quantités et le mode de traitement (dépollution, recyclage matière). Une attestation de recyclage synthétise souvent l'opération pour les besoins internes ou le reporting RSE. Ces pièces alimentent le registre des déchets, que l'entreprise tient chronologiquement.
Pour les batteries, il est utile de demander une mention explicite de la filière de destination, afin de démontrer que les accumulateurs ont été dirigés vers un centre habilité pour ce type de déchet et non simplement stockés. En cas de contrôle ou d'audit, la chaîne complète (inventaire, bordereau, certificat, registre) est ce qui permet de prouver que l'entreprise a rempli son obligation. Un simple bon d'enlèvement ou une facture ne suffit pas à établir le devenir d'un déchet dangereux.
Organiser une collecte DEEE incluant onduleurs et batteries
Dans la plupart des entreprises, les onduleurs et batteries sortent en même temps que le reste du matériel informatique, lors d'un renouvellement de salle serveur ou d'un déménagement. Il est plus efficace de tout traiter dans une même collecte DEEE, à condition de signaler les flux dangereux dès la demande. Le recyclage DEEE de ce matériel s'organise alors avec le conditionnement adapté, le transport habilité et l'émission des bordereaux, sans que l'entreprise ait à coordonner plusieurs intervenants.
Le coût dépend du volume, de la nature des équipements et du lieu d'enlèvement ; un devis gratuit est établi au cas par cas. Une demande de collecte bien renseignée, avec le nombre d'onduleurs, leur puissance approximative, la présence de batteries lithium ou plomb et le nombre d'alimentations, permet de préparer l'opération dans de bonnes conditions et de remettre l'ensemble des justificatifs attendus, du bordereau au certificat de traitement.
Onduleurs, batteries et alimentations sont des DEEE dangereux : ils se trient à part, se stockent avec précaution, voyagent sous réglementation spécifique et se tracent par bordereau de suivi. La preuve de leur traitement repose sur des justificatifs précis. Pour sortir ce matériel en toute conformité, une demande de collecte permet de cadrer l'opération et d'obtenir un devis adapté.
Questions fréquentes
Un onduleur est-il un déchet dangereux ?
Oui. Un onduleur contient une ou plusieurs batteries (plomb ou lithium) et des condensateurs, ce qui le classe parmi les DEEE contenant des composants dangereux, sous le code déchet 16 02 13*. Il ne doit jamais être jeté avec les déchets banals ni mélangé aux DEEE non dangereux. Son enlèvement doit donner lieu à un bordereau de suivi des déchets et à un certificat de traitement.
Faut-il retirer les batteries des onduleurs avant la collecte ?
Non, sauf consigne particulière. Il est préférable de remettre l'onduleur complet, batteries en place, pour éviter les manipulations à risque par du personnel non formé. La séparation est réalisée ensuite sur des installations certifiées. Si des batteries sont déjà extraites, protégez leurs bornes, stockez-les au sec dans un bac étanche et signalez-les distinctement dans la demande de collecte.
Quels documents prouvent le traitement d'une batterie usagée ?
Le bordereau de suivi des déchets signé par l'installation de destination sur Trackdéchets, complété par un certificat de traitement précisant la nature, la quantité et le mode de traitement des accumulateurs. Ces pièces sont reportées dans le registre des déchets de l'entreprise et conservées plusieurs années, afin de pouvoir démontrer la conformité en cas de contrôle ou d'audit.
Des DEEE à faire enlever ?
Deux questions, une proposition sous 24 h, enlèvement partout en France, BSD inclus.


